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Pourquoi il faut acheter ses meubles aux enchères
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Deux ventes à Drouot du contenu de grandes demeures à des prix très bas.
C'est un véritable jeu de massacre. Tous les propriétaires de mobilier classique français et tous ceux qui en ont hérité , ont de quoi être mécontents. Les fauteuils, les lits, les commodes et autres petites tables tels que la France en a fabriqué en quantité au XVIIIe , au XIXe et même au début du XXe siècle sont bradés. Désormais les appartements ont des tailles plus modestes et tout le mobilier qui n'a pas un usage précis est supprimé dans les intérieurs. C'est le design voire un design « bon marché » qui règne en maître dans les maisons.
Estimations prudentes
Alors comme l'explique le commissaire-priseur à Drouot Elie Morhange : « nos estimations sont extrêmement prudentes. Dès que les propriétaires nous en laissent la possibilité nous donnons des prix bas. Après c'est au jeu des enchères de faire son effet. Si les pièces sont rares et qu'une bonne publicité a été faite à leur sujet l'adjudication sera élevée. » Pour Elie Morhange aujourd'hui « la cote du mobilier « moyen » est en chute libre ». Par «moyen » il entend les lots entre 100 et 5 000 euros qui trouvent de moins en moins preneur. Il donne l'exemple d'une table dite « bouillote » sur laquelle on posait une lampe du même nom à partir du XVIIIe siècle. « Il ne s'agit pas d'un mobilier fonctionnel. Si elle n'est pas signée on peut couramment l'acquérir entre 100 et 500 euros ». Le 21 mars c'est son étude qui vend un ensemble de 90 lots de mobilier français estimé 800 000 euros mais qui de la bouche même du commissaire -priseur devrait atteindre le double(1). Il s'agit d'une petite partie de la collection d'un industriel portugais francophile dont les héritiers ne désirent pas dévoiler l'identité.
Pièces exceptionnelles
Evidemment elle contient plusieurs pièces exceptionnelles qui ne sont pas visées par le désintérêt général dont est victime le mobilier français. Néanmoins le commissaire-priseur se montre, là encore, prudent sur les valeurs estimées. Les pièces vedettes sont signées d'un ébéniste français du XIXe siècle du nom de François Linke (1855-1946). Il est connu pour avoir copié des meubles du XVIIIe siècle en leur donnant un aspect spectaculaire voire extravagant surtout grâce à son travail des bronzes ornementaux. L'apogée de sa carrière date de l'Exposition Universelle de 1900. Deux de ses meubles dont une table et une vitrine sont estimées à 2.000 euros. Un secrétaire de François Linke et une commode décorée de médaillons de bronze d'inspiration mythologique sont estimées entre 3.000 et 10.000 euros. La vente contient aussi un ensemble de mobilier de style Empire mais fabriqué à Porto avec une valeur estimée dans une fourchette de prix allant de 3.000 à 10.000 euros.
Miroir « rocaille »
Les 22 et 23 mars toujours à Drouot l'étude Beaussant-Lefèvre (2) disperse le contenu d'un château de Bourgogne, celui de Digoine. Le site avec son parc de 35 hectares est classé Monument Historique. Il avait été acquis au début du XXe siècle par la famille des De Croix et il a été récemment revendu à un particulier français. L'immense demeure de quarante cinq chambres contenait une masse impressionnante de mobilier et d'objets d'art dont 500 lots parmi les plus précieux sont vendus dans trois salles d l'hôtel Drouot pendant deux jours, le reste étant dispersé à Dijon (3). Le commissaire-priseur Eric Beaussant fait , là encore, un constat assez impressionnant sur la chute des prix dans la spécialité. « Nous proposons par exemple un miroir italien de style « Rocaille » avec une estimation de 3.000 euros qui était estimé le double il y a cinq ans. En moyenne depuis cinq ans environ les prix ont baissé de moitié et une paire de fauteuils classiques d ‘époque Louis XV ou Louis XVI est aujourd'hui estimée en moyenne pour à peine 800 euros. Par ailleurs, le château de Digoine contenait un grand nombre de lits. Nous proposons une dizaine de lits à baldaquin estimés entre 1.000 et 5.000 euros ». Les lits sont réputés invendables car leur format ne correspond pas aux standards actuels. Cependant le commissaire-priseur souligne qu'il a adjugé récemment un lit à baldaquin d'époque Louis XV estimé 3.000 pour 33.000 euros.
Même si le goût pour le mobilier classique français semble passé de mode, les pièces rares ou qui ont un effet décoratif fort, aidées par le pouvoir d'attraction des enchères, continuent à susciter l'intérêt.
(1) www.kapandji-morhange.com
(2) www.beaussant-lefevre.com
(3) le 14 avril. Etude de Vrégille et H Cortot. www.interencheres.com

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