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Arman : séparer le bon grain de l'ivraie
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Mise en vente de quinze oeuvres dans le cadre d'une succession difficile... Soyez sélectif !
ue retiendra la postérité des artistes commerciaux, réputés vouloir faire de l'argent ? Pour ce qui concerne Warhol, par exemple, elle en a fait un atout. Le pape du pop est devenu la superstar du marché pour la deuxième partie du XXe siècle. Ses peintures, créées selon le principe de la sérigraphie, sont assez nombreuses pour être essaimées à l'échelle mondiale. Mais l'impact français est plus restreint. Ici, dans le même créneau, l'un des artistes les plus célèbres de l'ère contemporaine, Arman (1928-2005), ne bénéficie pas encore d'une excellente réputation. Chez lui, l'estampille d'artiste « commercial » aura été un écran qui empêche d'apprécier vraiment son oeuvre.
Du meilleur au pire
Il faut dire que, en matière de création, Arman, c'est le pire et le meilleur. Le meilleur, on en avait un excellent aperçu l'année dernière au Centre Pompidou lors de la rétrospective consacrée à l'artiste. Il a imaginé des oeuvres qui partaient de rien, c'est-à-dire des objets du quotidien qu'il malaxait, maltraitait, triturait, détruisait, assemblait au point de leur donner une nouvelle forme, une forme d'art. Quant à sa pléthorique production répétitive et commerciale, Arman en parlait avec une certaine légèreté, la qualifiant de « divertimento ».
Selon la banque de données Artprice, en 2010, pas moins de 515 oeuvres d'Arman ont été cédées pour une somme globale de 5,8 millions d'euros. Et chaque année depuis 2008, plus de 500 lots de l'artiste sont présentés aux enchères.
Le 21 décembre, à Drouot l'étude Le Mouel vend quatorze oeuvres d'Arman (et une oeuvre signée Warhol, un portrait le représentant) qu'on peut situer dans la catégorie du meilleur. Elles sont mises en vente par ses deux filles aînées, Anne Fernandez et Marion Moreau. Cette dernière confie : « Six ans après le décès de notre père, cinq ans après la création d'une fondation de droit suisse à son nom, nous continuons à travailler sur son oeuvre. Nous avons publié trois ouvrages et participé à sa rétrospective. Nous avons besoin de nouveaux moyens financiers. En outre, la succession n'est pas réglée. Il existe un conflit juridique depuis la présentation des dernières volontés de notre père. Ces documents sont contestés. » Les quinze lots appartiennent aux collections personnelles des deux soeurs.
Le catalogue, un peu confus, a été rédigé par un expert de Drouot, Marc Ottavi. Il déclare sans détour : « Le marché d'Arman dans le multiple n'a pas d'intérêt. On est noyé dans un ensemble de petits violons. La vente montre en revanche, avec des pièces uniques combien Arman marche avec son temps, utilise des techniques nouvelles pour ses créations. »
La pièce la plus spectaculaire de la vente est « La Dame de Shanghai » de 1993, une accumulation d'anciens postes de radio placés dans des étagères métalliques (estimation : 100.000 euros).
Des pièces historiques
La majorité des lots date des années 1990, et n'est donc pas la plus prisée chez Arman - le catalogue présente aussi des pièces historiques comme une « Colère », un objet détruit mais dont les pièces ont été conservées. Celle-ci qui date de 1976 est constituée d'une télévision brisée dans un emboîtage en plastique transparent (estimation 25.000 euros).
Parmi les oeuvres les plus méconnues de l'artiste il y a « Brush Strokes Painting ». Une peinture à la pâte épaisse et multicolore à laquelle sont agglomérés non seulement un véritable vélo mais encore un foisonnement de pinceaux. Comme si, à chaque touche du peintre, le pinceau restait agglutiné au support. Estimation : 50.000 euros.
Georges-Philippe Vallois, galeriste à Paris, a organisé trois expositions d'Arman de son vivant et vend couramment des pièces de l'artiste. « Sa production a plus souvent été guidée par des considérations économiques en relation avec ses marchands que par des préoccupations d'ordre esthétique. Mais, en fait, il est un grand artiste jusqu'au bout. Aujourd'hui ses multiples se négocient entre 4.000 et 8.000 euros, ses bronzes découpés, qui représentent un abondant marché, entre 30.000 et 250.000 euros. Le marché des oeuvres d'Arman des années 1960 oscille lui entre 30 000 et 1 million d'euros. »
On peut parier que l'histoire de l'art saura à moyen terme oublier les frasques commerciales d'Arman pour en tirer le meilleur. Plusieurs artistes actuels, de toute évidence, sous influence, l'ont déjà fait. En attendant, sans nul doute ce sont les oeuvres uniques et novatrices vers lesquelles il faut diriger ses achats.

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