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LA CHRONIQUE de Jacques Marseille. S’il veut restaurer la confiance, l’Etat doit réduire le poids de la dette publique
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Chronique publiée dans le numéro d'Investir Magazine de novembre 2008
D’où vient l’argent ? Tous les Français se posent cette question. Une question de pur bon sens à l’heure où l’Etat déverse 320 milliards d’euros pour relancer les crédits aux entreprises et aux ménages, 10,5 milliards pour recapitaliser les banques, 22 milliards en faveur des PME, 5 milliards pour les collectivités locales. Des milliards qui laissent perplexes ceux qui pensaient que l’Etat était «en faillite» et qui exaspèrent ceux qui crient misère pour leur logement, leur santé ou leur emploi. Et si ces milliards, au lieu d’accroître la confiance, seule condition de sortie de la crise, ne faisaient en fait que l’aggraver, en laissant planer le scepticisme sur les capacités de l’Etat à honorer ses promesses ? De fait, pour l’instant, ces milliards n’ont pas convaincu le marché.
Ainsi, comment convaincre les Français que les dépôts à vue sont garantis à hauteur de 70.000€, lorsqu’on sait que le fonds de garantie s’élève à 1,8 milliard d’euros, alors que le total des dépôts dépasse 450 milliards ?
Comment concevoir que l’Etat évitera la faillite des banques lorsqu’on sait que les actifs de la BNP Paribas, qui n’est pas menacée, représentent près de 1.800 milliards d’euros, soit à peu près le PIB de la France ?
Comment imaginer que l’Etat pourra soutenir les PME et les collectivités locales quand, pour financer à hauteur de 1,5 milliard d’euros le revenu de solidarité active (RSA), il est contraint de mettre en place une taxe additionnelle de 1,1% ?
Comment envisager que l’Etat puisse mobiliser 320 milliards d’euros pour sauver l’économie quand, pour commencer 2009, l’Agence France-Trésor, qui gère la dette de l’Etat — 1.270 milliards d’euros —, doit emprunter plus de 140 milliards d’euros pour couvrir les déficits publics annoncés et rembourser la dette venue à échéance en 2009 ? Une dette détenue à 60% par des investisseurs étrangers, un des taux de dépendance les plus élevés des grands pays industrialisés.
Quand l’Etat fait croire qu’en s’attaquant aux niches fiscales il accroîtra ses recettes et honorera ses promesses, qui sait que la réduction de ces niches lui permettra de récupérer, au mieux, 130 millions d’euros ?
Le meilleur moyen de rassurer les Français
n’est pas de promettre de dépenser plus mais de s’engager à dépenser moins.
Autant de questions qui accentuent le malaise des Français. En fait, pour restaurer la confiance, une condition suffit. Elle est de s’attaquer aux dépenses inutiles qui pèseront sur les générations futures. En euros constants, la dette de l’Etat s’est accrue de plus de 6% par an depuis 1980, alors que, dans le même temps, la production nationale n’augmentait que de 2% par an. Pour quels bénéfices et quelle amélioration de la compétitivité du site France ? Si l’Etat était contraint d’emprunter 320 milliards d’euros supplémentaires, peut-on penser que c’est le meilleur moyen de rétablir la confiance ?
Le meilleur moyen de rassurer les Français est de s’engager à dépenser moins. C’est ce qu’a fait la Suède au moment de la dernière grande période de récession qu’ont connue les pays industrialisés, au début des années 1990. Dans ce pays social-démocrate où la dette publique atteignait 81% du PIB en 1995 et où le taux de chômage dépassait 10%, les dirigeants n’eurent aucun mal à convaincre la population qu’il fallait moins d’Etat et faire plus confiance aux mécanismes du marché. Décentralisation, déréglementation et ouverture des monopoles publics et autres marchés protégés à la concurrence (taxis, services postaux, télécommunications), assouplissement du marché du travail, allégement du fardeau fiscal, réduction drastique du nombre de fonctionnaires permettent aujourd’hui aux Suédois d’envisager la crise avec moins d’anxiété. Le taux de chômage s’élève à 5,6%, le taux de croissance du PIB s’élève à 2,5%, la balance commerciale bénéficie d’un fort excédent (12,7 milliards d’euros), la dette atteint 47% du PIB (64% en France) et l’excédent du budget s’élève à 2,6%. Et si un budget de rigueur était le meilleur moyen de restaurer la confiance ?





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