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LA CHRONIQUE de Jacques Marseille. Quoi qu’en dise la pensée unique, le New Deal n’a jamais mis fin à la crise
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Chronique publiée dans le numéro d'Investir Magazine de décembre 2008-janvier 2009
Keynes, Roosevelt, New Deal : la crise dans laquelle nous sommes plongés depuis plus d’un an remet à la mode ces personnages et cette solution. Entre le président de la CGPME qui demande un New Deal pour les PME et Daniel Cohn-Bendit qui appelle à un «New Deal écologique», tous ou presque appellent à la main «vertueuse» de l’Etat pour guérir les Etats-Unis et le monde des errements d’un capitalisme devenu fou à la suite des dérives d’un «ultralibéralisme» qui, dans les années récentes comme dans les années 20, aurait provoqué ce gâchis de milliards de dollars ou d’euros.
En fait, contrairement à ce que prétendent les new-dealers et les néokeynésiens, les politiques d’intervention de l’Etat pendant la crise des années 30 ne furent pas si efficaces qu’on le prétend. Comme Obama en 2008, Roosevelt fut avant tout un homme de communication.
Son programme parlait à une Amérique plongée dans la crise la plus grave de son histoire. Tantôt libéral, tantôt conservateur, partisan du renforcement des pouvoirs fédéraux et de l’équilibre budgétaire, défenseur de la libre entreprise et de la planification, Roosevelt fit preuve soit d’une totale incohérence intellectuelle, soit d’un total opportunisme électoral. Accusant Herbert Hoover, le président sortant, de mener les Etats-Unis sur la voie du socialisme, il condamnait les dépenses publiques «imprudentes et extravagantes», promettait de les réduire de 25%, de diminuer les impôts et de restaurer une monnaie «solidement basée sur l’or» pour éviter toute manipulation. Un programme que n’aurait même pas osé revendiquer John McCain. Un programme qui le ferait aujourd’hui traiter d’ultralibéral.
Se faire élire, tout un programme
Curieusement, alors que les Etats-Unis comptaient plus de 12 millions de chômeurs, soit 25% de la population active, Roosevelt ne manifestait aucune hâte à traiter le problème du sous-emploi. Ni doctrinaire ni philosophe de l’action politique, Roosevelt, comme aujourd’hui Obama, puisait dans le réservoir des idées du temps, même quand elles étaient contradictoires, cherchant seulement, c’était tout son programme, à être élu.
Mais entre son élection, en novembre 1932, et sa prise de fonction, en mars 1933, la situation se dégrade. Dès son intronisation, il fait l’inverse de ce qu’il avait promis, provoquant la démission de plusieurs de ses conseillers les plus compétents. Baisser l’impôt ? Les tranches marginales sont augmentées de 90%. Restaurer une monnaie solidement gagée sur l’or ? Il interdit les transactions en métal et ordonne que le prix de l’or soit fixé par l’Etat. Faillites bancaires ? Il fait fermer des banques et provoque une panique des épargnants qui engendre 2.000 faillites supplémentaires ? Réduction des dépenses publiques ? Elles augmentent de 83% entre 1933 et 1936. Au terme du premier mandat, l’activité ne repart pas et le chômage diminue à peine. En 1936, le PIB par habitant est de 6.204$ alors qu’il était de 6.899$ en 1929. En 1938, au milieu de son deuxième mandat, il s’élevait à 6.126$. Le déficit fédéral était passé de 20,9 milliards de dollars en 1933 à 43 milliards en 1938 et le pays comptait toujours 9 millions de chômeurs. Autant de chiffres qui invitent à ne pas accorder au New Deal les vertus que lui prête aujourd’hui la pensée unique.
Leçon de pragmatisme
Pour mieux comprendre le sens de l’intervention de l’Etat qui fait aujourd’hui consensus, il suffit de relire Keynes : «Si le ministère des Finances remplissait des bouteilles avec des billets de banque, les enterrait dans des mines de charbon désaffectées qu’on remplirait ensuite d’ordures ménagères, et s’il laissait aux entreprises le soin de retrouver ces billets, il n’y aurait plus de chômage. Il serait certainement plus raisonnable de faire construire des maisons ou quelque chose d’analogue ; mais si ceci se heurtait à des difficultés pratiques, on pourrait recourir au moyen cité ci-dessus et ce serait toujours mieux que rien.» Une leçon de pragmatisme qui nous éloigne des grandes doctrines.





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