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Bercy refuse de relever le taux du Livret A, en dépit d'une inflation qui tarde à se calmer
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Les prix à la consommation ont progressé de 0,4 % en décembre, portant l'inflation à 2,5 % en glissement annuel. Suivant les conseils de la Banque de France, le gouvernement a décidé de maintenir le taux du livret A inchangé à 2,25 %, arguant du reflux à venir des prix. Mais celui-ci pourrait être limité.
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Mauvaise nouvelle pour les épargnants : malgré une inflation restant à son plus haut niveau depuis trois ans, le gouvernement a décidé, hier, de maintenir à 2,25 % le taux du Livret A. Il a ainsi suivi la recommandation de Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, de déroger à l'application de la formule mathématique qui détermine le niveau de rémunération du produit d'épargne populaire deux fois par an, le 1er février et le 1er août. Selon cette formule fondée sur les taux de marché et l'inflation, le Livret A aurait dû voir son taux passer de 2,25 % à 2,75 %.
Mais le gouverneur de la Banque de France a invoqué des « circonstances exceptionnelles » pour ne pas procéder à une quatrième hausse en 18 mois. Si les prix à la consommation ont augmenté de 0,4 % en décembre sur un mois, portant l'inflation à 2,5 % en glissement annuel, elle « devrait diminuer de façon significative dans les prochains mois », anticipe Christian Noyer. Maintenir le taux du Livret A à 2,25 % permettrait ainsi « d'éviter une volatilité excessive du Livret A », conclut le gouverneur. Il fallait « éviter la politique du yo-yo », a justifié le ministre de l'Economie, François Baroin : inutile de relever le taux du Livret A maintenant, si c'est pour le rabaisser à nouveau dans six mois...
Sauf que plusieurs observateurs jugent cette décision juridiquement fragile. « Elle pourrait très bien faire l'objet de recours, prévient l'un d'entre eux. La loi veut que l'on détermine le taux du Livret A en fonction des chiffres de l'inflation passée. L'anticipation d'une baisse future de l'inflation est difficilement comparable à une circonstance exceptionnelle. »
Ce n'est pas la première fois que le rendement du Livret A est bloqué pour « circonstances exceptionnelles ». Mais, par le passé, c'était pour éviter une baisse très brutale du taux. « Par exemple, en août 2009, le taux du Livret A avait baissé de 1,75 % à 1,25 % alors que l'application stricto sensu de la règle aurait justifié une baisse à 0,25 % », rappelle Cyril Blesson, économiste au cabinet Pair Conseil.
Le repli des prix se fait attendre
Risquée politiquement, la décision du gouvernement peut se défendre au regard des prévisions d'inflation de l'Insee. L'institut statistique anticipe en effet un net repli des prix, qui redescendraient à +1,4 % en juin prochain en glissement annuel. Sauf que ce reflux tarde à se manifester. Contrairement à ce qu'anticipait l'Insee, il ne s'est pas amorcé en décembre, les prix ayant été tirés par l'augmentation saisonnière des produits frais et des services liés au tourisme ainsi que par la progression des services domestiques dans la foulée de la revalorisation du SMIC au 1er décembre. « A ce stade et toutes choses égales par ailleurs, la remontée du pétrole sur fonds de crise iranienne et un taux de change moins favorable pourraient limiter l'ampleur du reflux de l'inflation inscrit dans notre scénario », reconnaît Jean-François Ouvrard, chef de la division Synthèse conjoncturelle de l'Insee. Si la détérioration de la conjoncture devait finir par entraîner avec elle l'inflation, « il ne faut pas attendre une décélération franche compte tenu des hausses d'impôts », ajoute Hélène Baudchon, économiste chez BNP-Paribas. « Une introduction rapide de la TVA sociale pourrait bien sûr remettre en cause les perspectives de recul de l'inflation », renchérit Cyril Blesson.
Le gouvernement table sur une inflation de 1,7 % en moyenne cette année, après 2,2 % en 2011. L'Insee publiera jeudi prochain le taux d'inflation moyen de 2011. Le maintien d'une inflation relativement élevée ne serait pas une bonne nouvelle pour les bénéficiaires des allocations familiales qui ne seront revalorisées que de 1 % le 1er avril, le gouvernement ayant décidé une désindexation partielle dans le cadre du dernier plan de rigueur.

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