|
|
|
|
|---|
Les oeuvres d'art demeurent une valeur refuge
| 0 Commentaire(s) |
|
|---|
En plein tumulte sur les places boursières du monde, les investisseurs privilégient des valeurs tangibles, dont la qualité intrinsèque apparaît comme une garantie. L'achat d'oeuvres d'art d'exception semble traverser les crises sans dégâts.
Avec les inquiétudes concernant la Bourse, les investisseurs font des arbitrages en faveur de l'art ou de la pierre. Mais cela concerne surtout les pièces d'art majeures achetées par des personnes fortunées, conscientes que l'acquisition d'un chef-d'oeuvre les prémunit d'un risque futur », observe François de Ricqlès, président de Christie's France. « Le marché de l'art ces dernières années nous enseigne que les oeuvres de grande qualité ne se démodent pas et restent très demandées même en temps de crise. Voyez les records aux enchères pour Giacometti, Modigliani ou Picasso en 2010 », renchérit Guillaume Cerruti, PDG de Sotheby's France. Face à la nervosité des Bourses mondiales, les professionnels de l'art restent donc très sereins.
Comme le reste de l'économie, le marché de l'art a certes connu la crise de fin 2008 à la fin 2009, mais plutôt avec moins de violence que d'autres secteurs. Et, depuis, il s'est bien redressé, grâce à la vitalité des acheteurs chinois et moyen-orientaux, mais aussi grâce à la sélectivité des ventes organisées par les grandes maisons et à leurs estimations plus réalistes. Les deux multinationales de l'art et leaders mondiaux, Christie's et Sotheby's, de même que le numéro trois, le chinois Poly International Auction, ont ainsi affiché d'excellents résultats et des volumes d'adjudications soutenus tout au long de ce premier semestre. Elles ont des ventes prestigieuses inscrites à leur agenda du second semestre, comme la collection Fabius Frères chez Sotheby's, ou la collection Fould Springer du palais de Royaumont mise en vente par Nathaniel de Rothschild chez Christie's.
Consommation asiatique
Alors l'art, valeur refuge ? Thierry Ehrmann, fondateur et président d'Artprice, n'a aucun doute sur la réponse. « L'art a vraiment un statut de valeur refuge. » Selon l'Art Market Confidence Index, indice de confiance des acteurs du marché de l'art en temps réel élaboré par Artprice, les intentions d'achat d'art demeurent fortes pour les mois à venir et la perception de l'évolution probable des prix reste orientée à la hausse. C'est la consommation asiatique qui soutient le marché alors que les achats d'oeuvres aux Etats-Unis semblent nettement diminuer.
En fait, dans les mois qui viennent, il faut s'attendre à un clivage au sein du marché de l'art. Thierry Ehrmann considère que « les biens de plus de 50.000, voire de 100.000 euros sont totalement insensibles aux crises boursières, tandis que ceux d'une valeur inférieure à 15.000 euros sont fortement impactés ». Un avis partagé par François de Ricqlès. « Quelques milliers de personnes seulement font le marché de l'art dans le monde, dont 700 à 1.000 collectionneurs majeurs. Ceux-là vont continuer à faire grimper les prix pour les oeuvres au-delà de plusieurs centaines de milliers d'euros, car l'offre va se raréfier ; en revanche, on peut s'attendre à un ralentissement des transactions pour les pièces plus ordinaires. » Son homologue chez Sotheby's se veut plus nuancé. « N'oublions pas que l'art n'est pas un placement financier ! Les collectionneurs achètent des oeuvres par passion, pas pour placer leur argent de manière sûre. Et le caractère unique de chaque oeuvre, l'évolution peu prévisible de la cote des artistes dans le temps font que l'art ne peut être assimilé aux quasi-"commodities" que sont l'or ou l'immobilier. »
En Bourse, la valorisation des sociétés opérant sur le marché de l'art n'échappe pas totalement, quant à elle, à la morosité ambiante. Sotheby's a perdu 18 % en cinq jours malgré des fondamentaux excellents, mais reprenait des couleurs hier. Idem pour Artprice, qui a chuté de 25 % en cinq jours mais repassait dans le vert hier après avoir gagné 150 % depuis le début de l'année. Et le chinois Poly International Auction pourrait prochainement créer la surprise : en plein marasme, son entrée en Bourse, avec une capitalisation attendue pas si éloignée de celle de Sotheby's, devrait faire un tabac. L'explosion du nombre de fonds investis en art depuis 2010, en particulier dans les économies émergentes, reflète lui aussi l'attrait des investisseurs pour ce marché.

|


: