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La peinture européenne des années 50 à 70 : un marché sûr mais sélectif.
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La dispersion chez Artcurial de la collection privée d'un excellent mais discret marchand parisien, Jean Pollak. Des oeuvres historiques et d'autres encore sous estimées.
« Tout ce qui est rentré chez moi n'était pas à vendre ». C'est le marchand Jean Pollak qui parle. Le 26 octobre prochain cependant ce qui était rentré chez lui sera dispersé aux enchères. Le propriétaire de la galerie Ariel depuis 1952, située au 140 boulevard Hausmann, marchand historique d'une abstraction « avec du geste de la matière, de la sensibilité » comme l'explique Serge Lemoine (1) vend ce qui avait constitué son univers intime, son panthéon personnel de la peinture. L'ensemble accumulé depuis les années 50 est composé de 90 lots estimés au total 2,6 millions d'euros. L'intérêt de tout cela tient au niveau de qualité des pièces. Un arrêt sur image sur une période clef de la création contemporaine en Europe qui reste cependant peu médiatique. « Il conservait ce qu'il considérait comme les meilleures pièces pour lui » explique Serge Lemoine. « Jean Pollak c'est avant tout le marchand des « Cobra » à Paris ». « Cobra » est un mouvement d'origine nordique, acronyme de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam né en 1948 et qui avait pour volonté d'essayer de contrebalancer la suprématie de Paris comme place majeur de l'art. Cobra c'est le désir de bannir un art savant ou académique. Il tient à la fois de l'art Populaire, de l'art brut , de l'art des fous, de l'art des enfants... « Leur démarche est proche de celle de Dubuffet » observe Serge Lemoine.
Voir le diaporama sur les ventes phares de la rentrée
L'un des activistes du mouvement est le hollandais Karel Appel (1921-2006) dont cinq oeuvres sont présentées le 25 octobre estimées à partir de 4000 euros pour les gouaches . L'estimation la plus élevée, 250 000 euros correspond à une peinture réalisée en pleine période Cobra. « La vache » de 1953 (photo) est peinte de la main gauche par ce droitier. Une image caricaturale et volontairement grossière. Un « éloge de la malfaçon » comme l'explique le catalogue. Le prix record pour l'artiste date de 2002 lorsque chez Christie's à New York une toile de 1951 avait été adjugée pour l'équivalent de 746 000 euros. L'autre vedette du mouvement est le danois Asger Jorn(1914-1973) représenté dans la vente par six lots dont « Le soleil m'emmerde » de 1961 estimé 220 000 euros. La toile abstraite éclate de couleurs contrastées. L'artiste commentait « magnifique, affreux, impressionnant, dégoutant, absurde(...) Peu importe pourvu que ce soit la vie ». Aux enchères le prix le plus élevé, pour son oeuvre, 2 millions d'euros, a été obtenu en 2002 aussi pour une peinture de 1965. Le marchand parisien aujourd'hui spécialiste de cette période, Franck Prazan de la galerie Applicat-Prazan observe que le marché des artistes Cobra concerne un public européen restreint mais passionné. « Le marché est en quête des meilleures oeuvres des bonnes années mais l'offre est rare. Dans ce cadre les cotes sont ascendantes mais dans ce cadre seulement. La demande est extrêmement sélective ».
Ainsi un autre hollandais de la bande des Cobra, Corneille (1922-2010) reste relativement mal aimé des cotations. Prix record pour une de ses oeuvres : 214 000 euros obtenus en 2006 pour une peinture de 1949. Mais comme le souligne Franck Prazan : « les peintures de cette période sont introuvables ». Le catalogue Artcurial présente trois pièces de Corneille estimées entre 10 000 et 25 000 euros.
Mais Jean Pollak s'intéressait aussi, à titre personnel à tout ce qu'on appelle , la « Seconde Ecole de Paris » constituée d'artistes de tous horizons qui se sont retrouvés dans la capitale française dans l'après guerre.
Dans ce domaine, selon l'expert de la vente, Hugues Sébilleau, « si globalement le marché reste atone, avec des cotes stables depuis plusieurs années, la demande pour les oeuvres rares d'années très précises est soutenue ». On l'aura compris , le marché des tableaux de l'après guerre européenne est un domaine d'initiés. Ils devraient être satisfait avec la toile du peintre abstrait d'origine allemande Hans Hartung de 1947 estimée 200 000 euros ou encore avec « Profusion d'espace » une peinture sur Isorel de Jean Dubuffet , datée de 1952 et estimée 200 000 euros.
Tous ces tarifs sont relativement élevés mais correspondent à des signatures qui auront marqué l'histoire de l'art récente. Et paradoxalement ils sont faibles comparés aux prix pratiqués dans le domaine des jeunes artistes les plus en vogue dans l'art contemporain international. Aujourd'hui , aux enchères, la valeur n'attend pas le nombre des années.
Photo : La vache de Karel Appel / Artcurial
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