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Changements structurels dans les marchés de l'art moderne et contemporain
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Désormais, les chasseurs de valeurs sûres investissent plus volontiers dans l'art contemporain que dans l'art moderne. Explications d'un paradoxe.
Le 9 novembre dernier, alors que Christie's venait d'organiser sa vente d'art contemporain le titre de l'article du New York Times consacré au sujet parlait cependant d'abord de la bourse. « Alors que la bourse chute, l'art augmente avec une vente à 315,8 millions de dollars ». Dans le très haut de gamme du marché et en cette période particulièrement tourmentée de l'économie mondiale, il est désormais entendu par les commentateurs, que l'art du XXe siècle est une valeur refuge. Résultat : 563,3 millions de dollars. C'est le montant des transactions enregistrées au total lors des deux ventes de prestige consacrées à la création actuelle chez Christie's et Sotheby's ( cf Les Echos du 14 nov 2011). Pourtant une réflexion courte permet de remarquer que l'art contemporain est par définition celui qui bénéficie le moins du recul du temps. L'histoire de l'art a montré à plusieurs reprises déjà que la lecture de la pertinence d'un artiste contemporain se métamorphosait avec les années.
Tobias Meyer qui est à la tête mondiale du département chez Sotheby's est passé maître dans le marketing focalisé sur certains artistes. Cette fois une grande partie de ses efforts était consacrée à Gerhard Richter dont il vendait pas moins de huit oeuvres d'un coup. Un pari à priori risqué. Le peintre allemand est né en 1932 et il bénéficie actuellement d'une rétrospective à la Tate Gallery de Londres qui sera présentée en juin 2012 au Centre Pompidou après être passée par Berlin. Les premiers tableaux qui ont marqué la carrière de Richter dans les années 60 montraient dans un style figuratif inspiré de la photo, le passé nazi des allemands. Par la suite il a alterné des périodes de figuration et d'abstraction. Historiquement ce sont ses toiles figuratives des débuts qui sont considérées comme les plus importantes mais Tobias Meyer, déclare s'être impliqué personnellement pour qu'on relise son oeuvre. Il a consacrée une salle entière à ces toiles estimées entre 200 000 dollars et 12 millions de dollars et, entre autres, a organisé des visites privées pour de nouveaux amateurs. « Les Richter abstraits sont les plus importants. Ils sont comme des Rothko et on le dira encore dans 20 ans ». Le Richter le plus cher, une abstraction monumentale(260x340 cm) et colorée récente (1997) a été adjugé pour le prix record de 20,8 millions d'euros et le moins cher pour 902 000 dollars. Il est certes en chemin vers la cote des Rothko (prix record : 65 millions de dollars) mais l'artiste américain mort en 1970 a un temps d'avance en termes de postérité. Plus généralement chez Sotheby's ce soir là, trois records de prix étaient enregistrés pour des artistes contemporains. Le jour précédent chez Christie's il y en avait seize. Le plus impressionnant est certainement celui obtenu pour une photographie, toutes époques confondues. Là encore il s'agit d'un artiste allemand. Là encore il s'agit d'un grand format décoratif. « Rhein II » par Andreas Gursky( né en 1955) un tirage de 1999 représentant un paysage minimal en gris et vert de 3,8 mètres de long qui existe dans une édition à six exemplaires a été adjugé pour 4,3 millions d'euros. Gursky a aussi bénéficié d'une exposition internationale de New York à Paris en 2001. L'estimation haute de l'oeuvre à 3,5 millions de dollars ignorait complètement la conjoncture car c'était déjà présumer d'un record de prix pour l'artiste.
« Les collectionneurs achètent ce qu'ils connaissent et ce qu'ils considèrent comme rares » observent le courtier installé aux Etats-Unis Franck Giraud.
En revanche les même semblent moins séduits où moins familiers de ce qui devrait être considéré comme les valeurs sûres, reconnues par le temps, autrement dit l'art impressionniste et moderne. A la suite de la vente du genre qui se déroulait la semaine précédente chez Christie's et qui a enregistré seulement 55% de la valeur attendue, le patron monde du département, Thomas Seydoux ne mâchait pas ses mots : « Cette saison marque une prise de pouvoir nette de l'art contemporain face à l'art moderne. Le goût du jour est au contemporain et Warhol est désormais considéré comme un artiste classique. En outre nous manquions cette saison d'oeuvres phares et rares ». Au total les ventes de prestige impressionnistes et modernes ont rapporté 340 millions de dollars soit 223,3 millions de moins que celles consacrées à la création actuelle. Dans le secteur daté du tournant du XIXe et du XXe siècle les amateurs cherchent la couleur et la décoration. C'est par exemple pour cela qu'un tableau de Tamara de Lempicka de 1927 a enregistré un record chez Sotheby's à 8,4 millions de dollars. Un fascinant paysage de Klimt de 1915, oeuvre spoliée pendant la seconde guerre et qui était dans un état remarquable, en provenance du Museum der Moderne de Salzbourg a atteint 40,4 millions de dollars. Mais c'est toujours moins qu'un Lichtenstein très Pop de 1964 adjugé 43 millions ( record pour l'artiste) ou qu'un grand et très rare tableau expressionniste abstrait de l'américain Clifford Still de 1949 à 61,6 millions de dollars. Un autre record...

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