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La bataille de l'épargne
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Votre argent nous intéresse ! », proclamait une grande banque de la place dans les années 1980. A l'époque, ce slogan publicitaire n'avait pas rencontré un grand succès. Il pourrait pourtant être remis au goût du jour rapidement, tant l'épargne des Français attise aujourd'hui toutes les convoitises. Ces derniers mois, une bataille rangée s'est même engagée pour capter cette manne. Et le résultat des premiers affrontements est sans appel : l'assurance-vie recule sur tous les fronts.
Depuis la rentrée, le placement préféré des Français ne fait plus recette. En novembre, pour le troisième mois d'affilée, les épargnants ont retiré davantage d'argent de leurs contrats qu'ils n'en ont versé. C'est sans précédent. Le phénomène va même en s'aggravant. Il n'y a certes pas encore péril en la demeure. En 2011, les encours ont continué de progresser. Mais, c'est certain, l'année 2012 s'ouvrira sous de mauvais auspices.
Il faut dire que l'assurance-vie n'a pas beaucoup d'armes pour se défendre. Son attrait, d'abord, s'est sensiblement réduit. Face à son grand rival, le Livret A, dont la rémunération pourrait s'établir à 2,75 % net d'impôt en février, ses quelque 3 % de rendement brut font pâle figure. La crise de la zone euro, ensuite, a écorné son image. Dans un environnement très incertain, une certaine défiance s'est logiquement installée à l'égard d'un placement long et peu liquide, assis de surcroît sur l'objet de toutes les inquiétudes, les obligations d'Etat. Surtout, ses soutiens historiques, les réseaux bancaires, lui font désormais défaut. Pis, ils lui savonnent consciencieusement la planche. A la recherche de cash pour renforcer leur bilan, les banques cherchent désormais à capter pour elles-mêmes les dépôts de leurs clients en leur proposant des placements alternatifs.
Les prochains mois s'annoncent donc sombres pour l'assurance-vie. D'autant, comme si cela ne suffisait pas, qu'un nouveau concurrent de taille s'apprête à entrer dans la bagarre, l'Etat. Au moment où les rangs des investisseurs susceptibles d'acheter de la dette française risquent de se clairsemer pour cause de possible perte du AAA, le gouvernement pourrait se tourner directement vers les épargnants en lançant un emprunt national. A grands coups de clairon patriotique, les Etats italien et belge l'ont déjà fait avec succès ces dernières semaines. Alors pourquoi pas la France ? Pareil choix ne suffirait évidemment pas à résoudre l'impasse financière du pays, mais, une chose est sûre, il permettrait de désigner le grand perdant de la bataille de l'épargne.

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