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Patrick Buffet, Président-Directeur Général : « Nous disposons de 1,5 milliard d’euros pour des acquisitions stratégiques »
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La cession envisagée des 26 % du capital du groupe minier détenus par Areva pourrait s’accélérer avec l’aboutissement de la vente de T&D. A l’heure où le dossier Eramet revient dans l’actualité, un point sur l’activité et les perspectives.
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Après le choc économique, comment se porte Eramet ?
En dépit du choc de la fin de l’année, 2008 a été une année remarquable, qui biaise les bases de comparaison. Fin 2008 et début 2009, nous avons subi ce que j’appelle « un effet falaise », avec une chute brutale des volumes et des prix de nos produits. Mais nous avons eu une réaction rapide, avec un plan d’économies sur 2009 de 140 millions d’euros. Nous le tiendrons cette année, sans comptabiliser des économies liées aux baisses de production. Nous avons aussi choisi de limiter nos investissements. A 336 millions cette année, ils gardent cependant un très bon niveau, le plus haut jamais atteint par notre groupe, si l’on excepte l’exceptionnelle année 2008, pour laquelle nous avions investi 419 millions. Si certains investissements seront décalés dans le temps, cela n’obère en rien nos projets à long terme, en Nouvelle-Calédonie, en Indonésie ou au Gabon, par exemple. Evidemment, si les conditions sont réunies.
Où en êtes-vous de la tenue de vos objectifs ?
Après avoir d’abord indiqué, à mi-2009, que notre résultat opérationnel courant serait déficitaire au deuxième semestre comme au premier (– 223 millions d’euros), nous avons réévalué notre estimation à la hausse à la fin du troisième trimestre. Je maintiens que nous atteindrons l’équilibre en résultat opérationnel courant au second semestre 2009.
Le manganèse génère la moitié de vos facturations. Le marché s’améliore-t-il ?
Les conditions de marché se sont améliorées ces dernières semaines. Nos livraisons ont même augmenté de 31 % au troisième trimestre 2009 par rapport au troisième trimestre 2008, en prenant en compte l’intégration de Tinfos, société norvégienne acquise en 2008, et de 16 % à données comparables. Pour nos activités de manganèse, nous tournons à 70 % de nos capacités, et même presque à 100 % hors des Etats-Unis. Les commandes ne proviennent pas seulement de Chine, où la reprise est forte pour les aciers au carbone, mais aussi d’Europe et des Etats-Unis. Il est cependant difficile de faire la part de ce qui provient de la fin du déstockage et des effets très importants des plans de relance, notamment chinois.
Les choses vont-elles mieux pour vos activités de nickel ?
Autour de 7,40 $ la livre au LME, les prix du métal se situent, comme pour le manganèse, sensiblement au niveau des prix d’équilibre de long terme définis par les experts indépendants. Les stocks sont cependant très élevés : environ seize semaines de consommation en incluant les stocks chinois. Or, on estime qu’à plus de dix semaines les prix s’ajustent à la baisse au niveau du prix de revient des producteurs les moins compétitifs. Pour cette raison, je n’exclus pas que le prix du nickel connaisse une volatilité accrue au quatrième trimestre. Les conditions de fonctionnement de l’industrie du nickel sont beaucoup plus rigides que pour le manganèse, puisque les arrêts de fours coûtent très cher. En 2009, nous avons choisi d’adapter notre production au niveau de la demande. Notre filiale SLN, en Nouvelle-Calédonie, produit à 80 % de ses capacités, soit environ 50.000 tonnes cette année.
Et votre troisième branche, les alliages ?
Elle a été très touchée par la crise, particulièrement pour ce qui concerne les aciers de coupe. Elle a cependant mieux résisté que ses concurrents. Nous n’avons pas vu de redressement au troisième trimestre. Bien que les fabrications destinées à l’aéronautique et à l’énergie aient un potentiel de croissance important, 2010 sera une année difficile.
Votre trésorerie vous met en situation de faire des acquisitions…
Eramet bénéficie d’un excellent bilan. Nous disposions de 926 millions d’euros de trésorerie nette à la mi-2009, et de 600 millions de lignes de crédits confirmées, négociées avant la crise. Nous n’excluons aucune acquisition qui offrirait des synergies avec nos autres activités, qui serait stratégique et dont le prix serait raisonnable dans le contexte économique. Nous aurons je l’espère deux « pieds » dans le nickel (en Nouvelle-Calédonie et bientôt en Indonésie, avec Mitsubishi et Antam), nous souhaitons en avoir deux également dans le manganèse. Nous étudions différentes possibilités en Afrique du Sud, que nos lignes de crédit nous permettraient de financer. Nous sommes intéressés par des prises de position dans les métaux d’alliages stratégiques à fort potentiel de croissance : le titane – un accord est déjà signé avec un partenaire kazakh – ; le lithium – nous avons des projets avec le groupe Bolloré en Amérique du Sud –, mais aussi le niobium, en partenariat avec Areva, le molybdène, le vanadium… Nous nous développons beaucoup par partenariats : ils nous permettent de mener plusieurs projets de front, en facilitant les contacts politiques et les accès à des financements intéressants.
Une cession de la part de 26 % détenue par Areva dans votre capital est évoquée comme un scénario imminent. Quelle est votre position ?
Je veux d’abord rappeler que la famille Duval, qui détient 37 % du capital, est un investisseur stable de long terme et qu’elle est liée à Areva par un pacte d’actionnaires renouvelable tous les six mois, et dont la prochaine échéance est le 15 décembre. Le groupe Areva a indiqué il y a quelques mois qu’il envisageait de vendre sa participation. A ma connaissance, aucune décision n’a été prise à ce stade. Le gouvernement, en 2009, a reconnu le caractère stratégique du groupe Eramet et a indiqué que la participation d’Areva devrait demeurer dans des mains publiques. Le nom du FSI a parfois été évoqué par la presse mais ce n’est sans doute pas la seule option. En tout état de cause, nous ne sommes pas partie prenante. Avec une capitalisation boursière d’environ 6 milliards d’euros, nous sommes le champion européen de notre secteur. Notre branche alliages fournit notamment la défense nationale, ce qui impose un droit de regard particulier de l’Etat.





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