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Yann Lepape, responsable de la stratégie Global Macro Oddo Securities : « La question du yuan n’est plus taboue »
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Rebond des exportations en février, forte croissance trimestrielle … Ces indicateurs laissent penser à de nombreux investisseurs que la Chine s’oriente vers une appréciation de sa monnaie, le renminbi, également appelé yuan. Investir a voulu faire le point sur la situation. Selon Yann Lepape, responsable de la stratégie Global Macro chez Oddo Securities, des intérêts contradictoires s’affrontent sur le dossier mais, élément très important, la question des changes n’est plus taboue.
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Les rumeurs d’une réévaluation du yuan s’intensifient et certains évoquent un resserrement monétaire dès cette semaine. Se dirige-t-on, selon vous, vers une appréciation de la monnaie chinoise ?
Resserrement monétaire et reprise de la politique d’appréciation du yuan ne sont pas deux choses équivalentes. Oui, il y aura probablement une hausse du taux de réserves obligatoires des banques d’ici peu. Par contre, en ce qui concerne le taux de change, les rumeurs et les faux signaux sont récurrents. Le jour où la Chine réévaluera sa monnaie, elle surprendra probablement la majorité des intervenants. L’élément central à retenir aujourd’hui est que la question de la reprise de l’appréciation de la monnaie chinoise n’est plus taboue. Le gouverneur de la Banque centrale s’est prononcé ouvertement en sa faveur. Le Premier ministre Wen Jiabao, comme le ministère du Commerce sont plutôt contre. Pour l’instant, des intérêts contradictoires s’affrontent sur ce dossier, et lorsqu’un consensus émergera, on pourra alors probablement parler de hausse imminente. La réévaluation progressive du yuan, qui a démarré en 2005, a été interrompue en juillet 2008 (+ 20 % environ sur la période) par la crise financière, mais elle a vocation à reprendre. L’inconnue réside donc dans le calendrier. Il peut d’ailleurs être implicitement lié à celui des hausses de taux directeurs américains.
Quel est le degré de sous-évaluation du yuan ?
Difficile à dire, ne serait qu’à cause des données qu’il nous manque sur l’économie chinoise. Certains experts avancent le chiffre de 50 %. C’est probablement exagéré. Il n’est pas non plus à sa « juste valeur » comme l’affirment parfois les autorités chinoises. Ajoutons qu’en tout état de cause, le change ne permettra pas à lui seul de résoudre la question des déséquilibres d’épargne, c’est-à-dire de revenir vers une croissance plus équilibrée. Des réformes domestiques devront accompagner le processus d’ouverture de compte de capital chinois, qui est la problématique « en amont » de la question des changes.
Quel serait l’impact d’une réévaluation du yuan sur le dollar et l’euro ?
Cela entrainerait une dépréciation du dollar. Mais la véritable problématique est celle de la libéralisation du compte de capital, c’est-à-dire de la circulation des capitaux entre la Chine et le reste du monde. Aujourd’hui, personne n’est capable de dire si une telle ouverture provoquerait un afflux de capitaux d’investisseurs internationaux souhaitant profiter de la croissance chinoise, ou des sorties d’épargne de chinois souhaitant diversifier leurs investissements. Ou si les deux s’équilibreraient.
A quel horizon Pékin est-il susceptible d’opter pour la convertibilité du yuan ?
Personne ne le sait. Les autorités devront d’abord libéraliser et approfondir leurs marchés domestiques de taux, qu’ils soient obligataires ou qu’il s’agisse de dette d’entreprises. Comme pour l’ouverture du compte de capital, elles procéderont très progressivement. Nous parlons là d’années.





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