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Marc de Garidel, PDG d'Ipsen : " Ipsen met en place une nouvelle stratégie de croissance "

03/02/12 à 17:45 - Investir.fr | 0 Commentaire(s) Texte plus grand Texte plus petit Imprimer Ajouter cet article à mes favoris Séparateur Envoyer à un ami

Le patron du troisième laboratoire pharmaceutique français, arrivé aux commandes il y a un an, après plusieurs déconvenues (échec du médicament phare en développement Taspoglutide, déception sur les résultats de l’implantation aux Etats-Unis), détaille son plan stratégique. Optimisation des ressources, recentrage de l’activité, réduction du risque clinique sont au menu.

Vous venez de publier votre chiffre d’affaires annuel. Quels ont été les éléments marquants ?

En 2011, Ipsen a affiché des ventes de médicaments en hausse de 5,7 % hors effets de change. Cette bonne performance résulte de la croissance soutenue de la médecine de spécialité, qui affiche une hausse de 8 % et représente désormais plus des deux tiers des ventes médicaments du groupe, de la bonne tenue de notre activité de médecine générale (+ 1,3 %) et du dynamisme des ventes hors de France, en hausse de 9,9 %.

Vous annoncez d'importantes dépréciations sur la société Inspiration.

Ces dépréciations sont une charge sans impact sur la trésorerie et non récurrente. Elles vont donc peser sur le résultat net publié 2011 mais pas sur la réelle performance opérationnelle du groupe. Depuis l'acquisition d’Inspiration en janvier 2010, l'environnement compétitif s'est fortement accru, d'où cette réévaluation d'actifs. il faut noter que cette réévaluation ne peut pas intégrer, pour des raisons techniques IFRS, les produits de redevances sur le produit OBI-1, potentiellement très importants pour Ipsen.

Le Tanakan va bientôt être déremboursé. Quel en sera l’impact en 2012 ?

Dans un contexte économique de plus en plus difficile, nous sommes confrontés à des mesures de régulation, et, en particulier en France, à des baisses de prix et des déremboursements. Pour le Tanakan, dont le déremboursement sera effectif au 1er mars 2012, Ipsen anticipe une baisse de ses ventes en France de l’ordre de 35 %(en année pleine) en 2012.

Quel est l’avenir de la division médecine générale en France ?

Le chiffre d’affaires de la médecine générale en France est en décroissance depuis plusieurs années, alors que sur les marchés internationaux les ventes continuent de progresser.

Dans le cadre de la nouvelle stratégie, nous recherchons en France un partenaire commercial nous permettant d’avoir un positionnement unique pour les médicaments sans ordonnance et de prescription, et un acquéreur pour notre site industriel à Dreux. Des négociations sont avancées avec plusieurs sociétés.

Pourquoi pas une cession totale ?

Un désengagement total de la médecine générale n’est pas à l’ordre du jour. En effet, même si la France représente aujourd’hui moins de 50 % de cette activité, les ventes enregistrent une progression supérieure à 10 % dans les marchés émergents.

Maintenez-vous vos objectifs de rentabilité pour 2011 ?

Nous avons confirmé que le résultat opérationnel récurrent ajusté sera situé dans la fourchette haute prévue entre 190 et 200 millions d’euros pour 2011. Nous sommes entrés dans une phase d’investissement à moyen terme pour mettre en place les bases d’une nouvelle stratégie fondée sur la croissance. L’objectif est un doublement du chiffre d’affaires et un triplement du résultat opérationnel d’ici à 2020 (par rapport à 2010).

Quels sont les grands axes de cette stratégie engagée depuis votre arrivée il y a un an ?

Notre ambition est de devenir un leader dans le traitement de maladies invalidantes ciblées. Pour y arriver, nous avons décidé de nous concentrer sur nos médicaments de spécialité de nos trois aires thérapeutiques : l’uro-oncologie, la neurologie et l’endocrinologie avec, en tête de chaque segment, une focalisation sur les médicaments phares tels Decapeptyl (traitement du cancer de la prostate), Dysport (une toxine botulique utilisée dans le traitement des troubles neuro-musculaires qui est aussi appliquée à la médecine esthétique) et Somatuline (traitement de l’acromégalie). Parallèlement, nous poursuivons notre montée en puissance dans un quatrième domaine, celui de l’hémophilie, via une prise de participation progressive dans la société américaine Inspiration Biopharmaceuticals.

Comment se déroule concrètement cette nouvelle stratégie ?

Nous avons procédé à une ré-allocation des ressources sur nos trois produits stratégiques, mais également sur de nouveaux projets ciblés. Nous avons notamment pris en licence Hexvix, un produit déjà commercialisé dans la détection du cancer de la vessie, nous avons acquis les droits de Tasquinimod, un traitement du cancer de la prostate en développement (en phase clinique 3), complémentaire de Decapeptyl. Il est destiné, en deuxième ligne, aux patients ne répondant plus aux traitements hormonaux. Grâce à cette combinaison Hexvix, Decapeptyl et Tasquinimod, la communauté médicale nous considère comme un des leaders des thérapies en uro-oncologie.

Et comment se décline-t-elle à l’international ?

Notre volonté est de poursuivre notre expansion dans les pays émergents, notamment en Chine, deuxième filiale du groupe, où Ipsen dispose d’une présence historique depuis vingt ans. Nous visons une augmentation importante de nos effectifs dans ce pays, où nous réalisons près de 10 % de nos ventes grâce, notamment, à la poursuite du succès de Decapeptyl, produit leader qui détient environ 40 % de part de marché. Le Smecta (troubles digestifs) y connaît également une forte croissance.

Autre axe prioritaire, les Etats-Unis, où Ipsen s’est implanté fin 2008, et qui dispose de deux médicaments importants sur le marché : Somatuline et Dysport. Nous réalisons environ 6 % de notre activité en Amérique du Nord, mais les Etats-Unis ont affiché une perte de 16 millions d’euros en 2010. Nous avons un programme clinique important aux Etats-Unis pour ces deux médicaments. Notre objectif est d’y restaurer notre rentabilité.

Quel est le potentiel de ces deux grands produits de spécialité ?

L’avenir de Somatuline repose sur deux nouvelles indications dans les tumeurs endocriniennes fonctionnelles et non fonctionnelles. Les essais sont en phase 3, et nous avons déjà obtenu une approbation pour la première indication en Europe. Concernant Dysport (toxine botulique), des études, également de phase 3, sont en cours aux Etats-Unis pour le traitement de la spasticité musculaire - indication déjà autorisée en Europe. Nous travaillons également sur une nouvelle formulation très attendue, « prête à l’emploi », de ce produit. Aux Etats-Unis, Dysport détient 3 % du marché pour l’usage médical et 20 % de celui pour les indications esthétiques (Medicis est notre partenaire pour ce produit). D’ici à 2020, le chiffre d’affaires de Somatuline et Dysport devrait avoir triplé au niveau mondial grâce à leur montée en puissance outre-Atlantique, avec le lancement des nouvelles indications.           

Cette politique a conduit à des restructurations. Sont-elles achevées ?

Un tiers des programmes de recherche ont été arrêtés, et nous avons fermé notre centre de recherche à Barcelone. Nous avons par ailleurs cédé la licence d’Apokyn et envisageons de céder celle d’Increlex aux Etats-Unis, deux produits issus de la recherche de Tercica, société rachetée en 2008. Nous sommes également en train de chercher un acquéreur pour notre site de production de Dreux dédié à la médecine générale.

Le portefeuille de recherche est-il assez étoffé ?

Comparé à des laboratoires de taille comparable, Ipsen dispose du plus grand nombre de projets en phase de développement avancée. Nous menons ainsi 11 programmes de phase 3, qui intègrent 4 nouveaux composés. Deux nouveaux produits devraient être lancés à court terme dans l’hémophilie : Ixinity (facteur 9 recombinant) en 2013, une alternative thérapeutique au BeneFix de Pfizer, et OBI-1 (facteur 8 recombinant) en 2014, une innovation qui répond à un besoin thérapeutique non satisfait. En revanche, nous devons étoffer notre portefeuille plus en amont, en nous associant, notamment, à des sociétés de biotechnologie. Quoi qu’il en soit, le poids des dépenses de recherche devrait rester autour des 20 % de notre chiffre d’affaires.

Quelle est votre exposition au risque générique ?

Dans le domaine des spécialités, nous n’avons pas de crainte de concurrence générique pure, compte tenu du caractère non substituable de nos produits, qui est lié à notre savoir-faire dans les peptides et les toxines. Dans notre activité de médecine générale, en revanche, nous sommes conscients que Smecta n’est plus protégé par un brevet.

Le versement d’un dividende est-il prévu en 2012 ?

En 2010, ce dernier avait augmenté de 6,7 % d’une année sur l’autre. Sous condition d’approbation par le conseil d’administration et l’assemblée générale des actionnaires, le paiement du dividende est prévu le 11 juin 2012. 

Retrouvez notre conseil sur Ipsen dans Investir-Le Journal des Finances ce week-end et dans sa version numérique dès 20 heures en cliquant ici.

Propos recueillis par Anne Barloutaud


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