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« Tant qu'on n'a pas vendu, on n'a pas perdu »

22/10/09 à 18:18 - investir.fr | 0 Commentaire(s) Texte plus grand Texte plus petit Imprimer Ajouter cet article à mes favoris Séparateur Envoyer à un ami

Investir du 28 août 2004 n°1599. Contrairement aux quatre premiers proverbes de notre série, ce dernier proverbe ne dénonce pas une erreur psychologique mais, au contraire, la soutient.

En suggérant de traiter différemment les pertes concrétisées et les pertes " en papier ", il renforce la tendance des investisseurs à ne pas savoir prendre des décisions douloureuses.

Le biais de statu quo

Les chercheurs ont décelé que les comportements économiques sont souvent guidés par une aversion au changement. L'individu semble considérer généralement le statu quo comme un référentiel légitime par rapport auquel les performances doivent être calculées. Compte tenu de l'aversion aux pertes, toute décision impliquant un changement par rapport à la situation existante fait courir un risque que l'individu se refuse souvent à prendre. Pourtant, le maintien de ce statu quo constitue une décision à part entière, qui, elle aussi, peut occasionner des pertes ou des regrets.

En Bourse, le biais de statu quo explique que l'investisseur est souvent réticent à se séparer de titres pour la seule raison qu'ils sont déjà dans son portefeuille alors qu'il ne les considère plus comme de bons placements. Samuelson et Zeckhauser, des universités de Boston et Harvard, ont, par exemple, montré dans une expérience en laboratoire qu'un investisseur recevant un héritage voyait sa décision d'allocation des fonds largement influencée par la composition initiale du legs. Plus généralement, cela signifie que l'investisseur accorde aux actifs détenus une valeur supérieure à leur valeur objective... et qu'il demande une prime " psychologique " pour les céder. Cette prime de statu quo peut dans certains cas se doubler d'une prime " affective ", qui rend d'autant plus difficile la vente.

C'est notamment le cas quand un titre a engrangé de confortables plus-values avant de baisser ensuite ou quand il est détenu depuis longtemps en portefeuille, faisant figure de compagnon de route pour l'investisseur.

A l'achat, le biais de statu quo peut se traduire par une véritable paralysie au moment de choisir ses titres. Si plusieurs valeurs répondent aux critères spécifiés par l'investisseur, celui-ci peut très bien n'en sélectionner aucune s'il ne parvient pas à les hiérarchiser. Il préférera attendre d'avoir de nouveaux éléments qui faciliteront son choix. Cette attente peut être longue et rendre l'opération hypothétique.

Quelques recettes pour le corriger

Pour évacuer le biais de statu quo, l'investisseur doit se mettre constamment dans la situation de quelqu'un qui construit un portefeuille et donc recherche les meilleurs titres pour ce nouveau portefeuille. Les performances passées n'existent plus, seules celles à venir sont regardées. Si, dans cet exercice, la vente des lignes existantes est trop difficile, l'investisseur doit se convaincre qu'il y a un manque-à-gagner important à conserver ses anciens titres plutôt qu'à les échanger contre d'autres disposant d'un potentiel avéré.

Ce raisonnement sert également lorsque c'est l'achat qui pose problème. Quand plusieurs titres sont jugés prometteurs, il vaut mieux en choisir un, même arbitrairement, plutôt que de laisser dormir de la trésorerie sur son compte.

Antoine Zaccaria, RMM Diffusion, G. H. , Mickaël Mangot, doctorant en sciences économiques, auteur de l'ouvrage Les Comportements en Bourse - 6 erreurs psychologiques qui coûtent cher, Gualino éditeur.

 

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