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« Il vaut mieux se couper la main que le bras »

22/10/09 à 18:18 - investir.fr | 0 Commentaire(s) Texte plus grand Texte plus petit Imprimer Ajouter cet article à mes favoris Séparateur Envoyer à un ami

Investir du 21 août 2004 n°1598. Quel investisseur n'a jamais eu dans son portefeuille des titres auxquels il ne croyait plus, des titres qu'il n'aurait achetés sous aucun prétexte en raison de leur potentiel nul, voire négatif, ou parce que le risque associé était trop important ?

Présentée de la sorte, l'affaire semble ubuesque : rien ne paraît plus simple que de vendre de tels " perdants " pour acheter d'autres titres, plus prometteurs. Et pourtant... S'il y a un tel écart entre le comportement théorique rationnel et les comportements observés, c'est que la recommandation n'est pas si facile à respecter.

L'aversion aux pertes

Le biais psychologique qui explique le mieux les décisions des investisseurs... et leurs erreurs est sans doute l'aversion au risque. Découvert en 1979 par le prix Nobel d'économie Daniel Kahneman et Amos Tversky, ce biais rend compte de la tendance humaine à ressentir une perte (ou un manque-à-gagner) deux fois plus douloureusement qu'un gain n'est agréable. Les conséquences en Bourse sont immédiates : l'investisseur fait tout ce qu'il peut pour ne pas vendre une ligne en perte, par rapport au cours d'achat ou à un autre cours de référence. Il prend ainsi pour habitude de vendre les titres gagnants - afin de ne pas le regretter si le cours venait à baisser - et de conserver en portefeuille les titres perdants.

L'aversion aux pertes est avérée par de multiples études, dont la plus connue est celle menée par Terrence Odean, professeur à l'université de Berkeley (Californie), sur plus de 10.000 comptes-titres individuels sur la période 1987-1993. Odean montre que l'aversion aux pertes est à la fois fréquente et très coûteuse, puisque les titres vendus (qui étaient gagnants) se sont mieux comportés que les titres conservés en portefeuille de 3,4 % par an en moyenne ! D'autres études ont par ailleurs mis en évidence que l'aversion aux pertes affecte également les professionnels bien qu'il y soient moins sensibles que les particuliers.

A la base de ce biais se trouve, comme c'était déjà le cas pour les comportements moutonniers, la tendance des hommes à rechercher dans leurs décisions de la fierté personnelle et surtout à éviter le regret et la remise en cause de soi.

Quelques recettes pour corriger ce biais

Des chercheurs ont prouvé en effet qu'il ne s'agit pas d'une application naïve d'un " principe de précaution " (ne jamais concrétiser ses pertes et concrétiser tous ses gains, si minimes soient-ils, pour être sûr de gagner de l'argent), en faisant remarquer que les investisseurs vendent leurs titres gagnants quand leur hausse est individuelle, alors qu'ils les conservent quand les cours grimpent avec le marché. Dans un cas, l'investisseur peut considérer qu'il a eu le nez creux, pas dans l'autre.
L'aversion aux pertes ne peut être corrigée qu'au prix d'un changement radical de la façon d'appréhender son portefeuille. A un contrôle ligne par ligne des performances passées doit être substituée une gestion globale du portefeuille visant à maximiser sa performance future. Pour se faciliter la tâche, on peut garder à l'esprit ce que cela coûte de rester collé à un titre (Eurotunnel...). Ou se répéter cet autre proverbe boursier : " On ne fait pas un beau jardin en coupant les fleurs et en arrosant les mauvaises herbes. "

Antoine Zaccaria, RMM Diffusion, G. H. , Mickaël Mangot, doctorant en sciences économiques, auteur de l'ouvrage Les Comportements en Bourse - 6 erreurs psychologiques qui coûtent cher, Gualino éditeur.

 

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