Le placement EDF le montre : il faut faire confiance aux actionnaires individuels
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On doit évidemment revenir sur l’annonce initiale le jeudi 29 novembre, par le président de la République, à l’occasion d’une grand-messe télévisée destinée à annoncer les moyens de redresser le pouvoir d’achat des Français. « Nous allons vendre 3 % d’une grande entreprise publique, EDF, pour faire un plan d’investissement de 5 milliards dans nos universités », a déclaré le président de la République. L’annonce n’est que médiatique : le produit de la cession sera comptabilisé comme une recette non fiscale dans les comptes de l’Etat en 2007. Les investissements à venir sont, par construction, décorrélés de telle ou telle recette passée. On est bien dans le registre de la communication dans une affaire qui est d’abord financière. Le manque de cohérence vient sans doute de la force de l’annonce – par le président lui-même – et de la pirouette médiatique qui voulait rattacher deux éléments de bonne politique (la vente d’un bloc d’EDF et l’investissement dans les universités) sans liens réels entre eux.
La chance qui n’a pas été saisie, c’est celle de profiter d’un désengagement partiel d’EDF pour réaliser une opération de capitalisme populaire, en faisant profiter les Français de l’opportunité d’investir dans une entité créée de toutes pièces par leurs impôts passés. Ce sont eux qui ont assuré le succès de la mise en Bourse en novembre 2005, quand les analystes financiers et les investisseurs institutionnels faisaient la fine bouche et estimaient le prix de vente surévalué de 10 %. Ce sont aussi eux qui ont largement profité de l’envolée des cours de Bourse. Le jeudi 29 novembre, avant l’annonce plutôt maladroite de Nicolas Sarkozy, le cours avait fini à 85,70 euros, soit 2,7 fois le prix de l’ouverture du capital.
Etre prioritaires dans une vente de titres, ce n’est pas seulement un mérite qui revient aux actionnaires individuels français en raison du passé. C’est aussi le gage d’une réussite du placement et du placement des titres dans des mains stables qui visent le long terme. Prendre un peu de temps pour une opération de vente de titres qui visait 5,6 milliards de produit n’aurait pas été contre-productif, au contraire. D’autant qu’on aurait sans doute pu aller plus loin sans difficulté et mettre dans le public les 10 à 15 milliards d’euros d’actions EDF (de 7 à 15 % du capital) qui devront sans doute être cédés dans les douze mois, ramenant le contrôle de l’Etat entre 77 et 80 % du groupe électricien public.
Au final, les professionnels de la Bourse ne peuvent que le constater : le placement est bien loin d’être une réussite technique. En confiant dans l’urgence l’opération à des banquiers, Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde n’ont pas seulement laissé passer la chance d’une opération vers le public. Ils se sont mis dans la main d’arbitragistes : annoncée le jeudi soir (le 29 novembre) et réalisée le lundi (le 3 décembre), l’opération a presque mécaniquement fait baisser l’action de 4% sur les séances du vendredi et du lundi. Résultat : un placement a minima (2,47 % du capital placés au lieu des 3,7% escomptés) et un rapport de seulement 3,7 milliards. De plus, le tiers des actions cédées serait resté dans les livres des banquiers chargés de l’opération. Cette « colle », comme l’appellent les spécialistes, va peser durablement sur le cours et rendre d’autant plus difficiles les cessions à venir de blocs d’EDF par l’Etat.
La conclusion de cette affaire ? Des mesures de bonne politique peuvent se révéler contre-productives dans l’application. Messieurs et dames de Bercy, la prochaine fois, faites confiance aux actionnaires individuels. C’est peut-être moins prestigieux que de parler aux grands banquiers d’affaires, mais vous êtes sûrs de pouvoir compter sur leur soutien.


















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