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L'euro, tu le respectes ou tu le quittes

04/11/11 à 20:00 - Investir | 0 Commentaire(s) Texte plus grand Texte plus petit Imprimer Ajouter cet article à mes favoris Séparateur Envoyer à un ami

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D'une incroyable incongruité, doublée d'une grande inconséquence et d'une totale irresponsabilité ! Avec sa volte-face du référendum propre à torpiller d'un coup d'un seul l'accord à l'arraché conclu une semaine auparavant au prix de deux sommets de la dernière chance exténuants pour sauver une fois pour toutes la Grèce, tenter d'enrayer la crise des dettes souveraines en Europe et permettre à cette dernière de faire bonne figure au G20 de Cannes cette semaine, le Premier ministre grec, George Papandréou, a été tout à la fois.

C'est la raison pour laquelle le couple Angela Merkel-Nicolas Sarkozy, désormais uni dans le même esprit européen, a été sans pitié et l'a traité sans ménagement à la veille d'accueillir sur la Croisette ses homologues des dix-huit autres plus puissantes économies industrialisées ou en passe de le devenir. Se retrouvant, avec l'Union européenne tout entière, dont ils sont aujourd'hui plus que jamais les seuls garants, dans une position des plus inconfortables pour aborder ce G20 réuni pour plancher sur la mise en oeuvre de politiques coordonnées afin de réduire les tensions économiques, financières, monétaires, commerciales et sociales qui menacent la croissance économique mondiale - et non pour régler la crise de la dette souveraine en Europe qui l'hypothèque -, le couple franco-allemand a sans sourciller, avec courage et détermination, adopté l'attitude européenne qu'il convenait pour sauver in extremis la face de l'Europe.

A la Grèce et à son Premier ministre devenus ingérables, voire incontrôlables, il n'a cette fois plus laissé de choix. Sans reprendre mot pour mot une phrase prononcée en d'autres temps, dans d'autres circonstances et sur un tout autre sujet à l'endroit de citoyens non pas de l'Europe, mais français, devenus eux aussi, dans un autre genre, récalcitrants, il a en substance fait comprendre au Premier ministre grec que, dorénavant, l'euro, « tu le respectes ou tu le quittes ».

La sortie de la Grèce de l'euro, que nos principaux responsables politiques cherchaient jusqu'alors à éviter à tout prix, finit à la faveur du suicide politique du Premier ministre grec par paraître un moindre mal. Même si, avec elle, la menace de contagion à l'Italie, l'autre maillon faible autrement plus cassant de l'Union européenne, peut faire craindre le pire. D'autant que, en Italie aussi, la situation politique peut échapper à tout contrôle.

Pour autant, on aurait tort de considérer qu'il est trop tard pour bien faire l'Europe. Alors pourquoi ne pas profiter de ce message de fermeté donné par le couple franco-allemand, que l'on aurait aimé entendre dès l'origine de l'euro et voir ériger comme un, sinon le principe fondateur de cette Union européenne qui nous apparaît à tous comme une étrange construction faite de déséquilibres puissants et de contradictions permanentes ?

Pour bien faire, il aurait fallu, à Maastricht ou à un autre moment, glisser dans nos traités européens non seulement les sacro-saints 3 % comme la règle d'or constitutionnelle à faire transposer législativement par chacun des membres de l'Union, mais surtout il eût fallu, pour la faire appliquer au pied de la lettre, que le bénéfice des subventions budgétaires soit conditionné à son strict respect. Ainsi aurait-on évité à des pays comme la Grèce et le Portugal de s'en goinfrer sans retenue jusqu'à faire naître l'illusion que leur entrée à marche forcée dans l'euro les tirait économiquement vers le haut. Alors que, en réalité, elle leur enfonçait la tête sous l'eau.

Aussi, puisque à toute chose malheur est bon et que la construction européenne a, dit-on, toujours connu de grandes avancées au plus fort de ses crises et de ses psychodrames, reste à espérer qu'après avoir failli être précipitées dans une chute funeste par des Grecs indignes d'en faire partie, l'Europe et sa devise trouvent sans tarder leur salut avec celui des marchés financiers.

Bruno Segré


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